La nuit du destin « laylat al-qadr »

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Ce dimanche 2 mai, après  la prière du maghrib (le coucher du soleil), nous avons entamé la dernière décade du mois béni de Ramadan. Les  dix dernières  nuits de Ramadan sont des nuits exceptionnelles car s’y trouve une nuit « meilleure que mille mois », la nuit du Destin (laylat al-qadr).

« Nous l’avons certes fait descendre (le Coran) pendant la nuit d’Al-Qadr. Et qui te dira ce qu’est la nuit d’Al-Qadr ? La nuit d’Al-Qadr est meilleure que mille mois. Durant celle-ci descendent les Anges ainsi que l’Esprit, par permission de leur Seigneur pour tout ordre. Elle est paix et salut jusqu’à l’apparition de l’aube » (1)

Qu’est-ce que la nuit du destin (laylat al-qadr)?

En révélant une sourate entière, qui plus est, cite le nom de cette nuit bénie  « la nuit d’al-qadr », Dieu, exalté soit Son Nom, nous interpelle ainsi, et nous informe de son mérite et de son importance.

 

Le terme « al-qadr », étymologiquement, désigne une chose ayant une grande valeur. C’est donc une nuit d’une grande valeur. Elle est également appelée ainsi car c’est au cours de cette nuit que les actions et la subsistance des gens sont prescrites pour toute l’année. C’est dans ce sens qu’elle est appelée : la nuit du destin. Dieu, exalté soit Son Nom, dit : « Nous l’avons fait descendre en une nuit bénie, Nous sommes en vérité Celui qui avertit, durant laquelle est décidé tout ordre sage » (2).

Mérites de la nuit du destin (laylat al-qadr)

Cette nuit bénie a une valeur inestimable car elle est intimement liée au Coran.

Parmi les mérites de cette nuit bénie :

– Le Coran a été révélé durant la nuit du Destin : «Nous l’avons certes fait descendre pendant la nuit d’Al-Qadr. » (3)

– Elle est meilleure que mille mois : ainsi, un acte d’adoration au cours de cette nuit est meilleur qu’une adoration durant mille mois ne contenant pas la nuit du destin.

Mille mois sont l’équivalent de 83 années et quatre mois. C’est dire que cette nuit, à elle seule, vaut toute une vie. Pour tous les efforts réalisés au cours de cette nuit, certains se verront attribuer la récompense d’une adoration de plus de 80 ans.

– Durant cette nuit bénie, Dieu efface tous les péchés antérieurs. Le Prophète, paix et salut sur lui, dit : « Quiconque veille la nuit du destin par conviction et foi, en espérant la récompense divine, verra ses péchés antérieurs pardonnés » (4)

– Dieu exauce les invocations durant cette nuit.

– Dieu affranchit du feu de l’Enfer en cette nuit autant de personnes qu’Il en a affranchi depuis le début du Ramadan.

Compte tenu de la grande valeur de cette nuit, le Prophète, paix et salut sur lui, nous met en garde contre le fait de négliger cette nuit en délaissant sa veillée, ce qui privera certainement le musulman de son mérite et de son immense récompense. Il dit : « Ce mois est venu à vous. Il contient une nuit meilleure que mille mois. Quiconque en est privé sera privé de tout bien, et seul un malheureux en sera privé » (5).

Que se passe-t-il durant layat al-qadr ?

Les anges descendent sur terre en grand nombre pour intercéder pour les croyants auprès de Dieu : «Durant celle-ci descendent les Anges ainsi que l’Esprit, par permission de leur Seigneur pour tout ordre» (6)

L’Esprit (l’ange Gabriel) descend du ciel, en compagnie des anges, pour visiter toutes celles et ceux qui veillent cette nuit en prières, en lecture du Coran et en dhikr (souvenance de Dieu). La présence de l’Archange Gabriel et des anges, en nombre, est un signe manifeste de bénédiction de cette nuit.

Il règne une paix indescriptible du coucher au lever du soleil de la nuit du destin : « Elle est paix et salut jusqu’à l’apparition de l’aube. » (7)

C’est la nuit du décret Divin : c’est au cours de cette nuit que Dieu décrète tout ce qui arrivera l’année suivante.

Quand survient la nuit du destin ?

« Cherchez la nuit du Destin parmi les nuits impaires de la dernière décade du mois de Ramadan. »», nous informe le Prophète, paix et salut sur lui.  

La nuit du Destin survient au cours d’une des nuits impaires des dix derniers jours du mois de Ramadan, à savoir la nuit dont le lendemain correspond au 21, 23, 25, 27 ou 29 du Ramadan.

La retraite spirituelle (i’tikaf)

C’est dans ce dernier tiers du mois de jeûne de Ramadan, que le Prophète, paix et salut sur lui, commençait sa retraite spirituelle (i’tikaf).

Notre Mère Aïcha, que Dieu l’agrée, nous informe que le Prophète, paix et salut sur lui, observait une retraite spirituelle durant les dix derniers jours du Ramadan et ce, jusqu’à ce que Dieu, exalté, reprît son âme. Puis, ses épouses (que Dieu les agrée) observaient la retraite spirituelle après lui. (8)

Au cours des dix dernières nuits du mois de Ramadan, le Messager de Dieu, paix et salut sur lui, fournissait des efforts dans l’adoration plus qu’il n’en fournissait à d’autres moments : « Les dix dernières nuits arrivées, le Messager de Dieu, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, serrait le « mi-zar », veillait sa nuit et réveillait sa famille » (9).

L’expression « serrer le mi-zar » (une pièce d’étoffe qui se portait à la taille et qui servait d’habit) désigne symboliquement l’effort intense fourni dans l’adoration. Elle est également utilisée pour signifier que le Prophète, paix et salut sur lui, s’isolait de ses femmes pour se consacrer à l’adoration.

Le hadith, ci-dessus, nous enseigne également que le Prophète, paix et salut sur lui, tenait à ce que sa famille l’accompagne dans  l’accomplissement des bonnes actions. Il encourage ainsi le fidèle à pratiquer les bonnes œuvres, à vivre les moments de spiritualité avec les membres de sa famille.

Cette année, du fait de la situation sanitaire liée à la pandémie du covid-19, les mosquées sont fermées à partir de 19h. Il est ainsi impossible d’y réaliser la retraite spirituelle; cependant, comme pour les prières de tarawihs, les plus motivés saisiront l’occasion pour prier, chez eux, en famille.

Si les efforts seront multipliés tout le long des dix derniers jours, chacun aura en tête un objectif particulier : vivre la nuit du destin, comme le Prophète, paix et salut sur lui, nous y encourage.

Comment vivre pleinement la nuit du destin ?

Les croyant(e)s sont invité(e)s durant les dix dernières nuits de Ramadan :

– A multiplier les prières : « Quiconque veille la nuit du destin par conviction et foi, en espérant la récompense divine, verra ses péchés antérieurs pardonnés »

– A lire plus de Coran

– A multiplier le dhikr (souvenance de Dieu)

– A multiplier les invocations : « Et quand Mes serviteurs t’interrogent sur Moi, alors Je suis tout proche : Je réponds à l’appel de celui qui Me prie quand il Me prie » (10)

– A faire des dons : « La meilleure aumône est celle donnée pendant le Ramadan. » (11)

Une invocation particulière pour « laylat al-qadr »

Aïcha, que Dieu l’agrée, a demandé au Prophète, paix et salut sur lui : « Ô envoyé de Dieu, si je savais que c’était “laylat al-qadr”, que dois-je dire en cette nuit ? » Le Prophète lui dit alors de répéter : « Seigneur, Tu es tout Pardonnant et Tu aimes le pardon, alors pardonne-moi. » (12)

Pendant les nuits impaires des dix derniers jours du Ramadan, le Prophète, paix et salut sur lui, nous invite à recentrer notre attention sur Dieu, en nous consacrant à Son adoration, dans le silence de la nuit, à travers les prières, la lecture du Coran, le dhikr, les invocations …  pour trouver la Lumière de Sa proximité.

Si cette quête de sens et ce besoin de proximité coïncident avec la nuit bénie de laylat al-Qadr, cela équivaudra alors à 83 années et 4 mois d’adoration, de prière, de lecture du Coran, de dhikr, de dons… et de proximité.

Que Dieu nous permette d’atteindre la nuit du destin (laylat al-Qadr), de veiller sa nuit en adoration et de recueillir toutes ses bénédictions.

1.     Coran, Sourate 97

2.     Coran, sourate 44, verset 3-4

3.     Coran : sourate 97, verset 1

4.     Hadith rapporté par Boukhari et Muslim

5.     Hadith rapporté par ibn Majah

6.     Coran, sourate 97, verset 4

7.     Coran, sourate 97, verset 4

8.     Hadith rapporté par Boukhari et Mouslim

9.     Hadith rapporté par Boukhari et Mouslim

10.  Coran, Sourate 2, verset 186

11.  Hadith rapporté par Thirmidi

12.  Hadith rapporté par Thirmidi : «Allahoumma innaka ‘afouwwoun touhibboul-‘afwa fa’ fou ‘anni »