Les grands lecteurs du Coran : l’Imam Nafi’

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Nous naissons avec une âme pure et légère, grâce au souffle divin qu’Il a soufflé en nous. Malheureusement, la vie terrestre et sa pesanteur compriment cette âme et l’emprisonnent dans les filets de l’insouciance.

Nous gardons ce besoin « spirituel », ce besoin de retrouver notre innéité (fitra),  tout au long de notre passage éphémère sur cette terre.

Certains trouveront l’objet de leur quête dans la nature, d’autres dans la méditation, d’autres encore dans le minimalisme ou simplement dans les rites religieux.

Le musulman plus que quiconque a besoin de cette quête spirituelle pour renouer avec ses origines et donner sens à ses actes de dévotion.

Le Coran est la seule clef, pour accéder à la paix intérieure et à l’apaisement total au sujet de notre devenir, ainsi qu’aspirer à l’amour et à la proximité de Dieu.

En effet, le Prophète, paix et salut sur lui, avait pour mission principale la transmission du Coran dans son intégralité.

 

Transmission du Coran de génération en génération

Dans ses assises avec les compagnons, le prophète, paix et salut sur lui, récitait les versets du Coran qui continuaient de descendre, tout en les épelant à ses scribes qui les transcrivaient sur des peaux de chameaux, de brebis ou tout autre support.

Ces versets n’étaient pas seulement un agencement parfait de lettres et de mots, c’était aussi et surtout des fils de lumière qui reliaient les âmes des compagnons entre eux et à leur Créateur.

Ces fils de lumière opéraient leur magie en venant briser l’obscurité d’un monde injuste, malveillant et diabolique.

Dieu, dans Son immense sagesse, a voulu que Sa parole divine ne soit pas à elle seule le remède mais plutôt accompagnée du Prophète paix et salut sur lui : c’est l’alchimie entre le Coran et Son messager qui a opéré le miracle.

Dès le commencement, le Prophète, paix et salut sur lui, a transmis aux compagnons l’importance du Coran descendu du ciel, mais aussi du porteur de ce message. Cette bonne compagnie (sohba) va perdurer à travers les maillons de la chaîne de transmission.

Dans les assises de Coran, les compagnons restaient figés par la splendeur du récit et du « récitateur ». Transportés, seuls leurs corps étaient présents, leurs âmes flottaient dans le monde invisible du Royaume des cieux et de la terre (malakoute) : les oiseaux pouvaient se percher sur leurs têtes sans crainte.

Le Prophète (paix et salut sur lui) leur transmettait ainsi l’âme du Coran, qui est Amour, Paix, Miséricorde, foi, confiance….

Ils ont appris du Prophète, paix et salut sur lui, que le Coran était sacré dans ses paroles, sacré dans sa transmission, sacré dans ses enseignements et sacré dans son interprétation.

C’est ainsi que la sacralité de tout ce qui concerne le Coran a été transmise de génération en génération.

Depuis la venue de notre Prophète bien-aimé, jusqu’à nos jours et jusqu’à la fin des temps, la communauté musulmane a pour conviction que le bonheur de l’être humain dépend de cette corde suspendue entre ciel et terre : le Coran.

Le Prophète, paix et salut sur lui, s’est acquitté de sa responsabilité de transmission à la perfection, et il devait aussi faire en sorte que cette transmission soit assurée dans les générations après lui jusqu’au jour du jugement dernier.

Il nous a ainsi enseigné que « le meilleur d’entre nous est celui qui apprend le Coran et l’enseigne » (1). Ou encore que « celui qui apprend le Coran détient la prophétie entre ses entrailles » (2), et qu’il sera dit à celui qui aura mémorisé le Coran ou une partie du Coran : « lis et élève-toi, récite comme tu le faisais dans le bas-monde, car ta demeure sera au niveau du dernier verset que tu liras ». (3)

Après le départ du Prophète, les compagnons se sont attelés à cette belle mission, chacun voulant faire honneur à l’héritage de leur bien-aimé.

Ibn Mas’oud, que Dieu l’agrée, avait pour coutume de réunir ses frères, ceux-ci ouvraient le Coran, lisaient et Ibn Mas’oud le leur interprétait. Le Prophète paix et salut sur lui, n’avait-il pas recommandé : « celui qui veut réciter le Coran exactement comme il a été descendu, qu’il le récite comme le récite Ibn oummi ‘Abd (Ibn Mas’oud) ? » (4)

Un bédouin passa devant une assise d’Ibn Mas’oud qui leur enseignait le Coran, et se demanda à haute voix : « que font ceux-là ? » Ibn Mas’oud répondit : « ils se partagent l’héritage du prophète (paix et salut sur lui). »

Cette chaîne lumineuse de transmission ne s’arrête donc pas à la première génération, mais elle transcende le temps, de cœur en cœur.

La deuxième génération, celle qui vient juste après les compagnons, qu’on appelle les « tabi’ines » (qui suivent les compagnons) se regroupaient autour des compagnons pour recueillir et puiser des lumières que le Prophète, paix et salut sur lui, leur a léguées.

Dieu, glorifié soit Son nom, a décrété que le Coran doit se transmettre de cœur en cœur, de génération en génération pour que ce dernier soit préservé et protégé, et pour que l’humanité ait toujours un lien avec son Créateur.

Parmi la génération « des tabi’ines », deuxième génération après le Prophète, paix et salut sur lui, plusieurs noms se sont illustrés dans la transmission du Saint Coran. Parmi lesquels on peut citer : Abou Ja’far Yazid ibn Al-qa’qa’, Yazid Ibn Rûmân, Abd Arrahman Ibn Hurmuz Al-A’raj et d’autres…

Les compagnons ont enseigné aux tabi’ines et les tabi’ines ont enseigné aux suivants. Chacun ayant reçu le Coran de plusieurs compagnons à la fois ou de plusieurs tabi’ines en même temps, chacun avait la possibilité à son tour de transmettre plusieurs versions de lecture du Coran à ses élèves.

Ainsi dans la troisième génération, nous trouvons un imam illustre, une sommité dans son domaine, l’Imam Nafi’.

Qui est l’Imam Nafi’?

Il s’appelle Nafi’ fils de Abdurrahman bnu Abi Nu’aym, originaire de Ispahan en Iran.

Il est né vers l’an 70 du calendrier hégirien, très noir de peau, doté d’un beau visage et d’un caractère plaisant et amusant.

Une odeur de musk s’échappait de ses lèvres dès qu’il lisait le Coran, on lui demanda : « Ô Abu Ruwaym, te parfumes-tu à chaque fois que tu enseignes le Coran ? », il répondit : « Non je ne touche aucun parfum, mais j’ai vu le Prophète (en songe) lire le Coran dans ma bouche, et depuis je sens cette belle odeur dans ma bouche. » (5)

On lui dit aussi : « Comme tu es beau, et comme ton comportement est agréable et bon ! ». Il répondit : « Et comment ne le serais-je pas, alors que j’ai vu le prophète (en songe) me saluer en me serrant la main et je me suis vu lui lire le Coran ? » (6)

Qaloun, un de ses disciples, très connu, qui transmettra une des variantes de lecture de Nafi’ disait : « Nafi’ avait un comportement irréprochable, sa lecture (qirâ-a) faisait partie des meilleures, il était généreux et détaché des biens de ce bas monde. Il a guidé la prière dans la mosquée du Prophète (paix et salut sur lui) plus de soixante ans. » (7)

Sa position et son savoir

C’était un grand savant, l’un des sept lecteurs les plus illustres. Ibn al-Jazari, un éminent savant dans les lectures de Coran, et aussi une référence pour les générations après lui (mort en 833H) certifiait que : « Nafi’ a enseigné le Coran plus de 70 ans ».

Dieu lui a accordé une longue vie pour œuvrer dans la meilleure des missions : transmettre et préserver le Coran.

Parmi ses élèves les plus connus, l’Imam Mâlik ibn Anas (connu pour son école de jurisprudence) a dit : « Nâfi’ est l’imam des gens pour ce qui est des lectures ». Un jour il dit : « La lecture des gens de Médine est une Sunna » (tradition approuvée). « Et la lecture de Nâfi’ ? » lui demanda-t-on. Il répondit : « Oui ». (8).

Abdullah, le fils de Ahmed ibn Hanbal (fondateur d’une autre école de jurisprudence) relate : « J’ai demandé à mon père quelle était sa lecture (quirâ-a) préférée ? Il me répondit, la lecture des gens de Médine. Je lui ai redemandé et s’il n’y en a pas ?  Il répondit : la lecture de ‘Assim » (9)

Quant à son enseignement des lectures conformes du Coran (qirâ-at), Nafi’ enseignait toutes les lectures et enseignait au premier qui se présentait à lui et ne prêtait pas attention à sa situation.

Nafi’ était humble, tenait à ses élèves et leur était facile. Al-a’cha, un savant des lectures du Coran (quirâ-at) disait : « Nafi’ facilitait la lecture pour ceux qui lisaient devant lui, à moins qu’on lui demande spécifiquement son choix de lecture ». (10)

Ses maîtres dans la lecture du Coran

Nâfi’ a lu le Coran auprès de nombreux savants de la génération des Tabi’înes (la génération qui a suivi celle des compagnons) parmi ceux qui habitaient à Médine. Il nous a été rapporté que Nafi’ disait avoir lu à soixante-dix tabi’ines dont les plus connus sont : Abu Ja’far ibn Al-Qa’qa’, Chayba ibn Nasâh, Abdu-Rrahman ibn Hurmuz Al-A’raj, Muslim ibn Jundub, et Yazid ibn Rûmân. (11)

Ses transmetteurs qui ont rapporté de lui le Coran

Qalun, Warch, Abu ‘amr Al Basri, Ismail ibn Ja’far ibn Wardan, ‘Issa ibn Wardan, Soulaymane ibn Jammaz, font tous partie des élèves de Nafi’ et auront tous une variante de lecture à leurs noms.

Sur son lit de mort, ses enfants lui demandèrent : « Conseille-nous, père », il répondit : « craignez Dieu et maintenez la concorde entre vous et obéissez à Dieu et à Son messager ».

Il a rejoint son Seigneur en l’an 169 du calendrier hégirien après avoir mis toute sa vie au service du Coran.

Que Dieu lui fasse miséricorde et le récompense pour ce qu’il a enseigné du Coran. Et puisse Dieu accorder à tous celles et ceux qui le souhaitent d’être parmi les gens du Coran.

(1)   Rapporté par Boukhari

(2)   Rapporté par Hakim d’après Abdullah ibn Amer

(3)   Rapporté par Abou Dawoud et Thirmidi

(4)   Rapporté par l’Imam Ahmad

(5)   Ma’rifat al-Qurrâ’ al-Kibâr 1/108, Ghâyat Al-Nihâya 2/332

(6)   Ghâyat al-Nihâya 2/332

(7)   Ghâyat al-Nihâya 2/332

(8)   Ma’rifat al-Qurrâ’ al-Kibâr 1/108

(9)   Ma’rifat al-Qurrâ’ al-Kibâr 1/108

(10) Ghâyat al-Nihâya 2/304

(11) Rapporté par ibn Jazri dans Ghâyat Al-Nihâya 2/330